Je sais que les stéréotypes Russes n’ont plus cours, et que l’on sait maintenant que nous ne dansons pas avec les ours et des balaïkas, mais quand je dis « Russie », beaucoup d’entre vous vont immédiatement penser à mauvaises installations de production et à la simplicité de notre peuple. Konstantin Chaykin, connu maintenant comme l’un des plus grands noms dans l’horlogerie indépendante, est là pour vous prouver le contraire.
Konstantin Chaykin, qui est né et a grandi à Saint Pétersbourg, a commencé à explorer l’horlogerie et expérimenter les montres il y a à peine plus de 10 ans, et depuis lors, il a produit, en autodidacte qu’il est, quelques- unes des pendules les plus raffinées, et aussi des montres. Aujourd’hui, installé à Moscou, il est l’un des rares fabricants horlogers à combiner les mêmes complications dans les pendules et les montres, de la même façon qu’il invente pratiquement chaque année quelque chose de nouveau.
Dans cet article, je vais me focaliser sur 3 étapes de montres dans la carrière de Chaykin et sur sa collection actuelle, car, à mon avis elles représentent ce que la vraie innovation horlogère devrait être. La première de ces pièces sera celle avec laquelle il a démarré ; celle qui attiré l’attention populaire (et la mienne) sur une marque Russe d’horlogerie.
Konstantin Chaykin : Lunokhod Watch
Le nom « Lunokhod », dont cette bête est appelée, signifie en Russe « l’objet roulant sur la lune », et, lorsque cette montre a été présentée pour la première fois elle ressemblait vraiment à une machine venue de l’espace, fabriquée avec un matériau rare en horlogerie, en acier inoxydable damassé. Les heures et les minutes s’affichent dans deux demi cercles rétrogrades séparés, mais ce n’est pas l’astuce la plus importante de cette montre. L’explication de tout cela, c’est sans doute pour les amateurs d’horlogerie la lune géante qui se trouve au milieu de la montre.
Konstantin est aussi l’un des horlogers qui connait et comprend ce que ses fans et ses clients veulent, aussi il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour créer une nouvelle version de la Lunokhod, en or rose, et, ce qui est plus important- avec un cadran et un fond de boitier squelette. Ce modèle n’est encore qu’un prototype, mais il sera bientôt réalisé sous le nom « Lunokhod Prime » (oui, comme le Transformer), et ce sera une édition limitée à 10 pièce, au prix approximatif de $120,000.
Maintenant, avant que je ne vous parle de la prochaine pièce, j’aimerais vous donner une vue plus approfondie de la vie de Konstantin et de l’une de ses inspirations à créer de telles pièces. Chaykin n’est pas seulement le seul Russe de l’Academy of Horology of Independent Watchmakers (ACHI) il est aussi un passionné de vélo, et un motard dur à cuire ayant une Ducati rouge ! Tandis que pour certains ce n’est juste qu’un hobby, j’ai aussi vu que c’était pour Konstantin une façon de tester ces montres. Alors que nous étions ensemble à Moscou en train de le photographier sur son vélo, il a commencé à pleuvoir, mais au lieu de mettre à l’abri ses montres, qui à première vue, n’étaient pas étanches, il les a sorties et les a exposées à la pluie, la grêle et la neige.
Konstantin Chaykin : Levitas Watch
Pour faire transition à ce petit retour en arrière sur l’historique, je vais maintenant jeter un coup d’œil à la pièce que nous venons d’évoquer au poignet du cycliste Chaykin – la Levitas. La montre qui fait que tout le monde se demande « où est le mouvement ? » est une des plus grandes réussites de Konstantin en horlogerie. Elle a un cadran transparent (vraiment) et on dirait que les aiguilles des heures et des minutes flottent dans l’air, comme par magie, comme si elles avaient un cerveau et savaient l’heure sans être dotées d’aucuns mouvements.
Eh bien, je suis désolé de vous décevoir, mais il y a bel et bien un mécanisme, il est logé sur la partie droite de la montre, et très petit ; et c’est vraiment difficile de croire que c’est lui qui fournit l’énergie de toute la montre. Les aiguilles tournent, et même si actuellement ce qu’on voit à travers le verre saphir, c’est un catalyseur, qui utilise des engrenages invisibles pour mettre en mouvement cette pièce.
Comme ce modèle et le concept de montres mystérieuses sont devenus très populaires, Konstantin a également créé de nouvelles versions, aussi bien pour hommes que pour femmes, en ornant celles-ci de décorations « filles ».
Konstantin Chaykin : Cinema Watch
Finalement la montre que beaucoup d’entre vous ont vu dans les magazines ou sur des blogs, dévoilée cette année au Baselworld 2013, c’est la nouvelle KC’s nouveau « cinéma », qui mérite qu’on lui consacre tout un article de presse, écrit juste pour elle. Son nom et son inspiration remontent à 1879, quand le Britannique Eadward Muybridge inventa le concept de cinéma, en faisant défiler de façon séquentielle et rapide des photos d’un cheval au galop.
Vous pouvez voir maintenant ce même cheval sur une montre bracelet, grâce à l’invention de Chaykin de faire bouger une image sur le cadran. Si vous jetez un œil au mouvement, vous voyez immédiatement qu’il n’est pas aussi simple qu’il en a l’air, et il n’y a pas qu’une seule réserve de marche mais deux, chacune ayant sa propre fonction : le temps et le galop du cheval. Pour remonter ce mécanisme vous pouvez tourner la couronne, située à 3 heures, dans différentes directions.
J’ai essayé la montre, et je l’ai réglée sur l’animation ; eh bien croyez-moi quand je vous le dis, ce petit cheval c’est vraiment un bon pari, spécialement quand on estime qu’il se vendra $65,000. Et si vous voulez savoir comment ce cheval, actuellement fonctionne, le secret se trouve dans le même concept de séquençage utilisé par Muybridge, dans un petit disque vous avez 12 images de cheval galopant et vous activez le mouvement (situé à 9 heures) en pressant et en maintenant la pression, sur un fond sonore le cheval se met à galoper donnant vie à la montre !
Comme je l’ai déjà dit je suis allé à la Manufacture, qui se trouve en Russie (Moscou) et j’ai pu voir comment sont fabriqués ces mouvements faits maison. J’ai aussi beaucoup vu de controverses et de discussions, sur différents blogs, sur le prix de cette montre, et sur le fait qu’elle soit labellisée « fait en Russie ». Je pense quant à moi « Enfin quelque chose qui ne vient pas de Suisse qui, s’il n’est pas mieux , est au moins de la même qualité que beaucoup de marques haut de gamme », et je ne dis pas cela parce que je suis Russe (par exemple je n’apprécie pas notre production de voitures), car ce n’est pas le sujet de savoir « où » la montre est fabriquée, mais « comment », et la collection de Chaykin est au sommet en qualité, durabilité et design. Vous pouvez désapprouver ou être d’accord, cela dit, la valeur de revente pourrait ne pas être aussi élevée que pour une Patek, mais les montres de Chaykin ne sont pas des montres de collection (tout au moins pour moi), elles sont super à porter, à montrer et elles émerveillent !
