Ce fut en 1791, soit deux ans après l’infâmante mutinerie du Bounty que l’horloger et orfèvre Jean François Bautte a réalisé ses premières montres. Orphelin dès son plus jeune âge, Bautte a été placé en apprentissage dès l’âge de 12 ans et s’est formé aux différents métiers de monteur de boitier, guillocheur, horloger, bijoutier et orfèvre. Il a signé ses premières créations de montres en 1791, et ses talents d’artisan d’art étant renforcés par son sens des affaires, il a très vite développé sa propre manufacture.
Bautte a créé à Genève une manufacture, dans laquelle, pour la première fois, tous les corps de métiers de l’horlogerie de l’époque étaient rassemblés sous un même toit. Cela a permis l’ingénierie d’une montre jusqu’au bout, c’est-à-dire à l’assemblage final et au polissage de chaque pièce horlogère.
C’était un dandy – un gentleman d’aujourd’hui qui suit la mode – il s’est donc spécialisé dans la création de montres de poche extra plates qui pouvaient s’insérer soigneusement dans les culottes ajustées de l’époque de façon si parfaite que celui qui la portait ne risquait pas de s’asseoir dessus. C’était une époque tranquille où un homme pouvait passer une heure à se soucier des volants de ses manchettes de chemises.
Bautte fut particulièrement doué dans l’art de la miniaturisation. Son but était de créer de très fines montres, dotées de mécanismes Lilliputiens. Il s’est surpassé dans une montre bijou connue sous le nom de « watches of shape ». Ces montres étaient déguisées en instruments de musique miniatures, en papillons ou en fleurs, il a même fait une montre en forme de pistolet qui diffusait du parfum, le pistolet émaillé ne tirait pas de balles mais du parfum.
On se demande ce qu’il aurait pu créer de nos jours, avec tous les avantages de la technologie moderne. Dans une ville réputée pour ses mille horlogers, ce fut cette approche technique qui le rendit unique en son genre. Il n’a pas été long à comprendre l’importance de la technologie nouvelle et à la traduire en des pièces horlogères très raffinées et très esthétiques. En plus, il avait un talent de gestion. En conséquence, Bautte a développé à Genève la manufacture horlogère la plus complète de l’époque.
Le nom de Bautte apparait dans les écrits d’Alexandre Dumas père, dans « les lettres à l’étrangère » de Balzac, et dans John Ruskin. Parmi les prestigieux clients de Bautte, il y a la Reine Victoria et l’écrivain socialiste français, la Duchesse de Clermont-Tonnerre.
A sa mort en 1837, son fils Jacques Bautte et son gendre Jean Samuel Rossel, ont hérité d’une affaire extrêmement rentable et bien gérée, avec un riche héritage culturel, et ils ont continué à remporter plusieurs prix pour leurs chronomètres.
En 1856, l’horloger Constant Girard (1825-1903) fonda la société Girard & Cie et deux ans plus tard, il épousa Marie Perregaux, la fille d’une grande famille horlogère de Le Locle, cette alliance leur permit d’acquérir la manufacture Bautte-Russel. Jusqu’à ce jour, les deux noms de famille sont toujours associés et forment le nom de la manufacture située à la Chaux de Fonds.
Girard-Perregaux s’est rapidement établi comme l’un des noms de premier plan dans le domaine de l’industrie de la montre Suisse. En 1889, Constant Girard présenta son chef d’œuvre, toujours fidèlement reproduit de nos jours : le Tourbillon aux Trois Ponts en Or. Constant Girard-Perregaux a consacré de nombreuses années à dessiner et à réaliser différents systèmes d’échappement, en particulier l’échappement Tourbillon. La qualité et la beauté de ses créations ont été récompensées par de nombreux prix et par de nombreuses distinctions lors d’expositions et de compétitions nationales et internationales, et également lors des Expositions Universelles.
En 1906, à quarante ans, Constant Girard-Gallet (1856-1945) qui avait pris les rênes de la manufacture de son père Constant Girard, a racheté la manufacture de Bautte et l’a fusionnée avec Girard-Perregaux & Cie. Girard-Perregaux a réussi à renforcer sa position de marque leader dans l’horlogerie de luxe. Sous la direction de Sowind Group, dirigé par la famille Macaluso, la marque n’a fait que se renforcer.
Girard-Perregaux : les étapes clé
- 1880 Constant Girard-Gallet, qui hérite de la compagnie de son père, produit la première montre bracelet commercialisée, qui fut commandée par le célèbre Kaiser Wilhelm, pour ses officiers de Marine. Deux mille montres furent livrées, représentant la première commercialisation significative de montres bracelet.
- 1965 Girard-Perregaux conçoit le premier mouvement mécanique à haute fréquence, dont le balancier bât à 36,000 alternances/heure : le Gyromatic HF.
- 1967 Girard-Perregaux reçoit du Canton de Neuchâtel le Prix du centenaire de l’Observatoire en récompense des talents de la manufacture dans son ensemble et, plus particulièrement pour sa montre bracelet l’Observatory Chronometer qui utilise le mouvement Gyromatic HF.
- 1970 Girard-Perregaux présente la première montre bracelet au monde équipée d’un mouvement à quartz, et, l’année suivante, un deuxième mouvement qui vibre à 32,769 hertz, fréquence qui est encore le standard universel des montres à quartz. (le mouvement à quartz est une invention qui a concerné beaucoup de pays, parmi lesquels la Suisse, Le Japon et l’Amérique, mais lorsque les manufactures Suisses se sont aperçues que sa simplicité et son manque de savoir-faire dans le métier de l’art horloger, allaient conduire à mettre un terme à des siècles de tradition horlogère Suisse, ils ont tranquillement laissé tomber le concept, il n’y a que les Japonais qui l’ont utilisé, avec les dévastatrices conséquences sur l’industrie de la montre Suisse.)
- 2008 La marque présente lors du Salon International de la Haute Horlogerie (le salon annuel de l’horlogerie haut de gamme) un échappement à force constante, qui jusqu’à ce jour se distingue des autres échappements connus.
- 2013 La marque remporte les Aiguilles d’Or au prestigieux GPHG (les résultats 2013 du GPHG sont sur DreamChrono).
