« Bling-Bling » et le fait d’en porter sont pour certains d’entre nous un anathème, un mode de vie pour les autres. L’ineptie, le mauvais goût et/ou la grossièreté du bling-bling servent de compteur à ce qui autrefois semblait une augmentation globale en matière de style et de goût, et un retour à l’élégance. Mais comme nous le voyons, pour chaque Brioni ou Huntsman, il y a des douzaines de camelots ambulants qui veulent exploiter l’influence hip-hop/ Euro trash de Kardashian. Laissez faire devient une devise plus difficile à respecter.
Pour les marques de montres, ce fut une façon curieuse de fournir « de la valeur ajoutée » (entendez par là « plus de profits ») à des modèles autrement sans fioritures. Songez à ce que cet engouement actuel pour la vulgarité a fait à l’industrie : vous pouvez ajouter pour $100,000 de pierres à une montre qui en vaut $10,000, et accroître votre marge de façon exponentielle. Au départ, les paillettes étaient ajoutées à des montres de pacotille en quartz, par des marques qui courtisaient les rappeurs, les gangsters Russes et leurs Svetlana, et les aristos-crapules occasionnels qui n’avaient pas hérité du bon goût inné de leurs parents.
Maintenant, vous trouvez des tourbillons customisés et des calendriers perpétuels, de la part de marques dont vous auriez aimé qu’elles résistent à l’attrait de Mammon (la richesse matérielle), ou au moins en partie – après tout, les entreprises sont dans les affaires pour faire de l’argent, non pour en perdre. Mais un peu de restriction en ces temps de précarité ne ferait pas de mal. Mais le nécessaire (du moins, pour ceux d’entre nous qui n’ont pas envie de chausser des lunettes de soleil pour regarder les toutes dernières montres sorties) éloignement d’un marché dirigé par le tape à l’œil n’est pas encore arrivé, malgré deux indications tendant à montrer qu’il devrait advenir.
Cela étant, le récent engouement pour les montres ultra plates et la tendance vers de plus petits diamètres – ce dernier étant un retour à des montres de 40mm-44mm, et la baisse dans le nombre de montres excédant cette dimension – auraient dû indiquer un retour concomitant, à la subtilité, la discrétion et autres qualités associées à moins de montres « qui en jettent ». Mais je crains que le mauvais goût ne persiste, alors même que la muse de cet article a passé une semaine à Las Vegas – qui n’est guère la capitale mondiale du goût.
En fait, c’est excessif. Flâner autour des grands hôtels casino comme le Ceasar’s Palace, le Wynn ou le Bellagio révèle la présence de tous les vêtements, bijoux, bagages chics ou de marques de montres qu’on pourrait citer, beaucoup ayant leurs propres boutiques. Les montres, aussi, sont incroyablement bien représentées, échappant aux charges des Américains n’achetant pas en dehors des sphères Rolex/Cartier/TAG-Heuer/Patek Philippe. Il existe à Las Vegas des magasins de montres qui défient n’importe quelle boutique de Londres, Paris, New-York, Berlin ou même Genève que vous pourriez citer.
Un fin dénicheur de montres peut facilement régaler les visiteurs en portant des pièces de chez Roger Dubuis, U-Boat, Richard Mille, Lange & Söhne, Bell & Ross (BR-01 bien sûr), Breitling, Breguet, Blancpain, IWC, Panerai et Jaeger-LeCoultre, aussi bien que les habituelles : Patek Philippe Nautilus, Audemars-Piguet Royal Oak, diverses Rolex et, la montre du jour à Las Vegas ; la Hublot Big Bang.
Tandis que « subtil » et « Big Bang » ne sont pas étymologiquement partenaires naturels, les monstres Bing Bangs hideux incrustés de pierres ne le sont pas non plus. La Hublot de choix pour les habitués de Las Vegas est un chronographe classique en or rose, sans diamant, saphir ou rubis. En contraste absolu avec l’amour de la ville pour le tape à l’œil, les versions tout en noir étaient également nombreuses.
Rolex ? Les modèles les plus vus sont les modèles sport – GMT, Submariner, Explorer II – avec le GMT souvent en acier et or. Les joueurs vieille école préfèrent les Day-Date et les Datajust tout en or, aussi bien que les GMTs « root beer ». Les Daytona étaient partout, spécialement celles avec des cadrans colorés, mais vous pouvez compter sur les visiteurs Italiens pour respecter leur classique : les SeaDwellers, « Pepsi-Cola GMT, les Daytona en acier d’un certain âge.
En se promenant dans quelques boutiques, il est facile de croire que les visiteurs de Las Vegas sont des passionnés endurcis. J’ai vu des complications de toutes sortes, depuis le triple calendrier perpétuel, au minute repeater, comme également des tourbillons de sources multiples. Mais rien ne peut se comparer à la profusion de trucs provocants surdimensionnés, exagérés et excessifs, le plus gros, le plus tape à l’œil, le meilleur.
Je ne cherche pas à faire un procès, mais quelques maisons de joaillerie devraient avoir honte d’elles-mêmes, pour commettre des atteintes au bon goût. Bon, je sais : un assez grand public d’idiots aux muscles hypertrophiés, avec plus de tatouages que de neurones, qui adorent l’excès, aspirent à la médiocrité et ont un excès de cash, c’est un marché vraiment tentant.
Mais ces noceurs qui sortent en masse de boites de nuit bruyantes n’achètent pas des vraies montres qui peuvent aussi être parées de bijoux. Ils n’achètent pas une Royal Oak avec des diamants, ni une Big Bang avec des pierreries sur les lunettes. Les leurs c’est un univers de montres de plongée de 58mm-60mm provenant de marques dont vous n’avez jamais entendu parler, et avec des prix qui encouragent des centaines de vendeurs ambulants à les vendre sur le Las Vegas Strip, de la camelote à quartz qui impressionne d’abord en vertu de la taille et, deuxièmement par la présence d’une telle couche qu’il faudrait que vous soyez idiot pour croire que les pierres sont vraies.
C’est soit ridiculement drôle soit vraiment triste, selon votre degré de compassion. Ces noctambules idolâtrent le hip-hop et les héros de rap, mais ils ne comprennent pas qu’il y a un monde de différence entre leurs parodies à $59 et un Royal Oak Offshore pavé. Ce dernier peut être hideux, vulgaire, excessif mais dessous, il y a un chef d’œuvre racé, et pas une batterie de jouet.
Il y a cependant des It montres bling bling pour ceux qui voudraient être les rois du Bling Bling à Las Vegas – ou n’importe où d’ailleurs. Ce sont des grosses montres, des montres chères, des montres avec une plus grande quantité de pierres que la Daytona de Rolex peau de léopard, mais aucune n’égalise l’absolu effréné mauvais goût.
Pour la nommer tout à fait, la montre est, de façon étonnante, appelée le Rolex Daytona Cosmograph Special Edition Léopard Print avec saphirs, référence 116598. Dans toute sa gloire orange, elle se positionne sur le poignet comme un totem à son palais, un monument à tout ce qui est hideux. Et pourtant un de mes bons amis en portait une à Las Vegas, et il a attiré plus de regards admiratifs que tout autre montre qu’on pourrait considérer comme une alternative. C’est définitivement la montre bracelet de Las Vegas. Le Cirque du Soleil devrait lui construire un spectacle. Elle prend de la valeur tous les jours. C’est véritablement révoltant.
Mais, oh, si j’en veux une !!!?
